Journaliste,chroniqueur, critique littéraire


La fille du roi du marais

Editions LC Lattès ISBN 978-2-7096-5878-2 252 pages

Un thriller psychologique aussi fascinant qu’horrifique, du grand art dans la maîtrise des émotions.

Nous naviguons entre fascination et horreur, entre compassion et haine.

Fascination devant la complexité de l’âme humaine et la multitude des sévices moraux et physiques que seul l’homme peut créer dans son cerveau.

Horreur, car violent, car pervers.

Compassion, car comment vivre adulte avec un tel passé.

Haine, car comment accepter les tortures aussi bien morales que physiques endurées par les protagonistes.

C’est cette étude psychologique taillée dans de la dentelle que nous livre Karen Dionne avec ce roman qui nous tient en haleine de bout en bout.

La finesse des détails en fait une œuvre majeure du thriller psychologique.

L’émotion monte crescendo, on pense tout d’abord à une vie « normale » dans les marais du Michigan, une famille qui choisit cette existence, la nature et les descriptions qui sont d’une précision doctorale, les scènes de chasse sont d’un réalisme parfois difficilement soutenable, jusqu’à l’apothéose des dernières scènes.

Et de fil en aiguille, le comportement des personnages se dessine, d’abord comme une esquisse, puis au plus le rythme s’accélère, au plus les caractères se dévoilent jusqu’à l’insoutenable.

L’auteure nous questionne sur l’hérédité, celle de la culture, celle des parents.

Comment s’en sortir quand on a connu aucune autre référence que celle qui vous entoure depuis votre naissance, quand on a comme unique référent, un père pervers narcissique et une mère soumise.

C’est aussi la problématique comportementale de l’individu face à la société en ayant eu une enfance normale pour lui, mais anormal pour le monde qui l’entoure.

L’étude psychologique du père est approfondie jusqu’à l’extrême.

Mais c’est aussi un roman qui célèbre la nature, les légendes indiennes, leurs coutumes. Nous découvrons la culture Ojibwés, troisième nation indienne après les Cherokees et les Navajos.

La nature y est célébrée dans toute sa splendeur, sauvage, dure.

On sent que l’auteure à vécu dans ces marais un certain nombre d’années, en autarcie et en a retiré une expérience personnelle exceptionnelle.

Ce roman nous démontre qu’il est possible d’essayer de comprendre l’incompréhensible.

 

« La fille du roi des marais » a été reconnu comme le meilleur thriller de l’année 2017 aux Etats Unis d’Amérique.

 

 

©Kariane Maxwell, 24 février 2018

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Magasine Elle du mois d'avril 2018