Journaliste,chroniqueur, critique littéraire


Âme à âme

Lune Ecarlate Editions ISBN 978-36976-281-2

Âme sensible s’abstenir.

 

Malgré l’horreur de certaines descriptions, le roman de Christian Perrot m’a fait penser au « Cri » de Munch.

Beaucoup de symbolique tout au long des pages de ce récit.

Tout d’abord le chemin, qui rappelle à l’homme la nécessité d’expérimenter la distance entre l’ignorance et le doute, une sorte de parcours initiatique au seuil de la mort.

Ensuite le jardin, représentant un esprit encadré, qui permet de revenir à une logique rassurante et favorise le dialogue intérieur.

Et finalement la porte, ce franchissement vers l’inconnu, la partie sombre de l’être, les méandres de son esprit.

On sent le mal qu’à le personnage principal à trouver la limite entre fantasme et réalité, entre anormalité et normalité.

L’écriture est saccadée, à l’image des cauchemars et visions de cet homme qui se débat dans le long tunnel qui sépare la vie de la mort.

C’est une intéressante étude de la psychanalyse de la pensée humaine.

On sent une connaissance parfaite des pathologies neurologiques, telle la schizophrénie, l’anosognosie, leurs descriptions sont admirablement bien décrites.

Ce « cri » est aussi un plaidoyer contre les abus de tout genre, contre les violences faites aux femmes, une diatribe contre la justice par cette allégorie des juges sourds et aveugles.

La symbolique de la pièce noire où l’homme y transpose ses peurs.

Le livre s’articule en deux parties.

Une fois les hallucinations passées, la réalité s’impose.

Le rythme de la plume s’apaise, et devient presque froide de lucidité.

C’est un jugement sans appel de l’humanité.

 

« …nous ne sommes que des singes affublés de vêtements trop grands pour nous ! »

 

C’est aussi toute la complexité de l’esprit, la difficulté d’accepter le regard de l’autre, la culpabilité ressentie.

Le doute, ce serpent qui s’insinue dans la conscience lors du choix du passage à l’acte, la peur d’être reconnu à l’égal du tortionnaire.

C’est n’est pas un livre d’horreur, ni de sexe, c’est un message de dégoût face à une société décadente où les valeurs enseignées depuis des millénaires sont bafouées.

 

A réserver néanmoins à un public averti.

 

 

© Kariane Maxwell, février 2018