Journaliste,chroniqueur, critique littéraire


Les dames de Riprole (Saga)


La dame du vallon perdu T.1

Lune Ecarlate Editions

« Les dames de Riprole », une magnifique saga écrite par Eve Terrellon, se déroule dans la France de la guerre des cent ans, après la terrible bataille d’Azincourt.

C’est la période dite du bas Moyen-âge, ou Moyen-âge tardif que nous dépeint l’auteure.

Calais est fief anglais depuis Edouard III d’Angleterre et Charles VI, roi de France époux d’Isabeau de Bavière est un roi versatile et de faible constitution.

C’est la chevalerie normande qui est mise à l’honneur dans ces quatre volumes.

Tous les codes de la littérature moyenâgeuse y sont brillamment repris par Eve Terrellon.

Nous y retrouvons la forêt, lieu de trahison, de repaire des renégats de la société féodale.

L’arc et ses flèches employés uniquement par les félons car les codes de la chevalerie exigeaient le combat au corps à corps.

 

La dame du vallon perdu T.1 ISBN 978-2-36976-168-6  188 pages

Ce premier volume nous offre un intéressant tableau des coutumes moyenâgeuses dans une petite seigneurie.

Les descriptions que nous en font l’auteure nous permettent de visualiser la vie dans un château fort, les affres pécuniers dans lesquels pouvaient se débattre la petite noblesse de province.

L’écriture est riche et fluide, les caractères des personnes fort bien posés.

Tous les ingrédients du roman historique sont bien installés, le suspens, l’amour en font un livre qui se laisse lire avec plaisir.

Les dangers cachés dans la forêt, la félonie, sont autant de recherche littéraire pour coller au plus près des écrits qui ont marqués la littérature du moyen-âge.

Eve Terrellon installe ses personnages dans un décor très bien dépeint, sans longueur exagérée dans ses descriptions.

On sent chez elle une grande maîtrise du sujet abordé.

 

Les noces de l’innocence T.2 ISBN 978-2-36976-195-2  202 pages

Le tome deux nous éclaire sur la vie de ménestrel.

Il va sans dire que devenir ménestrel lorsqu’on est fils de noble n’était pas bien vu par la famille de ce dernier.

Le cadet finissait généralement dans les ordres si son ainé ou son père ne parvenait pas à lui trouver une charge d’écuyer auprès d’un chevalier.

L’auteur nous dépeint un jeune homme presque efféminé, tout le contraire de son frère au caractère plutôt rude.

Le ménestrel à la différence du troubadour, était plus un interprète qu’un compositeur. Certes il s’accompagnait d’un instrument mais rarement composait.

A noter un petit anachronisme à l’évocation du jeu de Tric-Trac. Cette appellation n’étant avéré qu’a partir du XVII siècle.

Il aurait fallu parler de « mérelle » ou « marelle » jeux de table en vogue à cette époque, ancêtre du jacquet ou les « méreaux » ou pions étaient déplacés avec des dés.

 

L’épervier de l’espoir T.3 ISBN 978-2-36976-231-7  208 pages

Dans ce troisième opus, le recherche d’Eudes se poursuit.

Nous y découvrons l’histoire du calaisis et de la domination anglaise.

Le port de Calais zone de douane, les frontières entre royaume de France et d’Angleterre.

L’auteure décrit brillamment les campagnes exsangues due à cette guerre interminable.

L’occident était à feu et à sang, chacun rêvant de créer son royaume.

Les chevaliers félons qui se sont tournés vers l’anglais, les croyances et les craintes du petit peuple vis-à-vis des guérisseuses, considérées à tort comme ayant pactisées avec le diable.

Eve Terrellon nous montre la volonté d’une église puissante, qui régnait par la terreur, la soumission.

La chanson de geste est bien présente, dans les amours naissantes.

L’époque n’est pas loin de sonner le glas de la chevalerie française, les grandes découvertes notamment, celle des Amériques en 1492 va apporter de grands changements dans les sociétés féodales.

 

La geôlière aux yeux claires T.4 ISBN 978-36976-275-1  200 pages

L’intrigue autour de la disparition du frère ainé se dénoue et c’est l’occasion pour l’auteure de nous présenter la Tour de Londres construite par Guillaume le Conquérant.

C’est une belle illustration d’un ost qui nous est livré sous la plume vive et élégamment tournée d’Eve Terrellon.

Les codes de la chevalerie y sont largement développés.

Le rappel de la bataille d’Azincourt qui sonna les débuts du déclin de la chevalerie française face à un ennemi mieux équipés et moins regardant des coutumes ancestrales.

L’auteure nous remémore que si l’amour est fort présent, la cruauté n’est jamais loin non plus.

La justice seigneuriale était sans appel.

Elle nous enjoint à nous remémorer que le Royaume de France était bien mal mené, tenu par un roi fou et une reine, Ysabeau de Bavière, qui était détestée du peuple.

Cela à conduit, aux guerres entre diverses factions, qui ont eu pour effet la Guerre des Cent ans.

 

Par ses quatre romans, Eve Terrellon entre par la grande porte dans le roman historique en digne successeur de Juliette Benzoni.

Un cinquième tome est prévu, livre qui sera, à n’en pas douter, attendu avec impatience par ses lecteurs.

 

Kariane Maxwell, janvier 2018